Samedi 17 juin 2006
Petit texte que mon frère m'avait demandé d'écrire en mattant ses images d'enfants insectes, la première illustration littéraire en fait :P

Il date un peu mais je crois que c'est un de mes meilleurs textes ^^

si vous voulez voir les images, allez là-->http://songes-du-crepuscule.naturalforum.net/viewtopic.forum?t=374

Gluk et moi, on est bons copains, on se connaît depuis qu’on est des larves, ça fait déjà deux saisons. En fait, Gluk je le connais par erreur, sa maman traversait la rue des Fourmis pour aller le pondre, quand elle s’est fait écraser, et Gluk est sorti par son ventre, une bille toute ronde, toute blanche et visqueuse, un peu tordue, un peu excentrique. C’était Gluk en larve, avant d’être Gluk en vrai. Comme sa maman avait un lien avec ma famille (je crois qu’elle avait dévoré un des mes pépés mais entre les dix je les confonds toujours) on a adopté Gluk, on l’a nourri, bercé, fait éclos. Et puis on est sorti, et là pour la première fois, j’ai vu Gluk. Il était déjà beau, avec ses yeux bleus et sa petite bouche, ses cornes rouges et sa carapace dorée. Il avait de petites ailes, toutes fragiles, pas bien musclées, j’ai entendu une voix dire :
-« Je crois qu’il faudra bien savoir marcher, mieux que les autres. »
Gluk avait une jolie voix gazouillante, toute mignonne et marrante, il me faisait penser à un de ces Scarabées séniles qui viennent faire la manche au marché. Sauf que Gluk, avait encore des jours pour s’affirmer. Puis, Gluk a ouvert des grands yeux quand il m’a vu. D’abord, il a remarqué qu j’étais une fille, lui un garçon, il était un peu gêné Gluk, ses instincts lui avaient enseigné quelques choses de la vie. Et pis, il a vu mes yeux tout rouges, mon visage fin et noir, mes ailes vertes et imposantes qui traînaient derrière moi. Il a aussi constaté que dans la salle tous ceux qui sortaient d’une peau de larve, me ressemblaient, sauf lui. Une grande dame qui ressemblait à moi, en plus grande, s’est approchée et nous a dits :
-«  Vous êtes les premiers, Gluk et Kla, vous êtes… et bien…frère et sœur, d’ailleurs Gluk est le seul petit garçon, vous comprenez ce que je dis ? »
On a fait « oui » de la tête, on avait appris à parler quand on était des larves, on a appris des gros mots quand papa hurlait pour les matches de lutte ou de football, on savait parler et entendre :
-« On est vraiment…frère et sœur ? demanda Gluk d’une voix gênée, enfin, je veux dire…
- Ah oui c’est vrai que vous ne vous ressemblez pas, commença ma maman (j’avais deviné que c’était elle ma maman), mais c’est parceque les petits garçons sont différents des petites filles ! »
On a à nouveau fait « oui » de la tête, mais on n’y croyait pas. Gluk me regarda, ses yeux brillaient un peu, il avait peur. Moi, je lui ai dit :
-« On mange les frangins ? »
Et c’est comme ça qu’on a commencé notre vie à deux, moi en m’assurant que je serais sa seule sœur adoptive, lui en voulant que je reste fille unique. Au bout d’une heure on avait mangé toutes les autres larves qui ne n’étaient pas transformées, et même celles qui l’étaient. On était seul dans maison, et papa est arrivé :
-«  Et bien dites donc ! Vous n’avez pas perdu votre temps ! »
On lui a dit « non » d’un ton réjoui, on était fier, moi de lui, lui de lui. Papa était fier de nous, du bout des antennes il nous caressa le crâne, sa cravate pendait sur les cornes de Gluk, qui a éternué. J’ai ri, il m’a dit que c’est parceque le tissu était doux.
C’est pour ça que je l’aime bien Gluk, c’est un être sensible.
Par Smoke - Publié dans : smoky-taler
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Vendredi 26 mai 2006
Mettez les phrases après le titre, et nous comprendrons tout ^^

Dès que tu pars…

 

Le chien meurt à côté de moi,

Et un verre se vide.

 

Je fais baisser le ton du ciel,

Je fais mourir le vent.

Je fais se taire le téléphone,

Je dis au monde que je suis triste maintenant.

 

Les rois de mes pensées font chanter des "Te Deum"

A la gloire de toutes leurs victoires !

Je m'en fiche et j'avance dans le brouillard

Que tu as fait sur ma route.

 

Tout mon environnement s'acharne sur moi,

Le chien qui meurt et renaît,

Le verre qui se vide de plein,

L'ordinateur qui soudainement prend un plaisir sadique à m'aveugler

Puis à m'assourdir.

 

Une fontaine d’eau de vie meurt à son tour,

Dans la rue où je chasse le jour.

Le trottoir est beau d’une curieuse crasse

Là, des enfants endormis rêvassent.

 

« Voilà un Te Deum bien mérité »

Se disent les rois de mes pensées.

Les armes se remettent en transe,

Avec mes larmes, les lames dansent.

 

Un pavé tombe du ciel,

Il est lourd.

Je me demande où tu es,

C’est bientôt mon tour.

 

Le monde est si petit,

Que tu es partout.

Je sais que personne ne m’envie,

Que tout le monde me croit fou.

 

Les rois chantent et se taisent pour me faire souffrir.

Je crois que je suis seul.

Par Smoke - Publié dans : smoky-taler
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Dimanche 21 mai 2006
Titre énigmatique hein ?

Bah, c'est pas ma faute, je voulais faire un truc bizarre après avoir lu "Do it", une sorte de manifeste hippie, une manière de les caricaturer dans mon monde, pour montrer à mes amis que je ne sui pas qu'un horrible poète macabre !

 Un type en forme de point d’exclamation me reluque depuis une bonne heure. Sa tête est surmontée d’un chapeau haut de forme, assez siècle dernier, décorée d’une moustache qui rendrait jaloux Dali, et surtout il a un petit monocle qui ressemble à un hublot. Les yeux sont les fenêtres de l’âme, dit le poète, l’âme est une passagère emprisonnée dans un vaisseau d’os et de chair, de sang et d’artères, qui desfois regarde ce que fait le corps de son énergie. Ca, c’est pas le poète qui le dit, c’est moi. L’homme est entré dans mon salon au début de la matinée, j’étais pas bien réveillé et il m’a craché un discours à faire dormir un insomniaque, de ce fait, je dors les yeux ouverts et mon âme peut sortir prendre l’air. Il avance lentement entre les meubles brisés qui jonchent le sol, les livres ouverts et les feuilles volantes qui se réunissent sur mon lit comme des charognards sur un cadavre, un peu de passé, d’ailleurs c’est une des seules phrases du mec que j’ai retenue :

- «  L’Etat est une bête noire aux dents acérées, elle dévore toutes les idées naissantes, les digèrent et les défèque en une bouillie repoussante, l’Etat est une machine à faire le passé, les citoyens, un rien pour faire l’avenir ».

Là, c’est le moment où je comprends pas à qui j’ai à faire, si c’est un marxiste paumé, un colporteur qui veut me vendre un bouquin qui fait l’éloge de la révolution, ou alors un pauvre type classique, un mec comme moi, mon voisin ou le président de la République, en fait, un pays qui va bien, est un pays de pauvres types qui n’en ont rien à foutre de la vie des autres, un pays qui va mal, c’est pareil sauf que la vie des autres nous casse tellement les couilles qu’on leur casse la gueule.

- «  Je suis, comme vous avez pu le deviner, une sorte de révolutionnaire qui aurait besoin de vous, Monsieur, besoin de vous comme besoin de tant d’autres. ».

Je me lève mollement du sofa sur le quel je m’étais couché, étalé comme un chien galeux cul de jatte et malheureux, je lui crache mes premiers mots à la tronche dans une vague de postillons blancs et mousseux :

- «  Mon voisin, est un mec comme tant d’autres, allez le voir, faites le chier aussi, volez lui son temps, il en a plus beaucoup vous aurez peut-être un procès, mais cassez vous ! ».

Pas de bol Marx, je n’ai plus les quinze ans qui te vouaient une admiration aveugle, aujourd’hui je suis un connard trentenaire acariâtre qui vit de ses pauvres talents d’écrivains, désolé Karl, j’étais juvénile et dépressif, aujourd’hui je suis juste dépressif et un peu con. Pas de bol camarade, j’ai fini d’aiguiser ma faucille et j’ai jeter mon marteau, j’ai pété la forge rouge qui vomissait sur le patronat, j’ai fait tomber mes idéaux du Manifeste du haut de la tour que j’avais voler. Aujourd’hui, je suis un peu plus con les autres, j’ai le cœur plus rempli de méfait que de regrets.

Pendant mon monologue interne, l’autre n’a pas bougé d’un pouce, pas un brin de moquette autre que ceux sur lesquels il est jucher n’étouffe sous son poids et ses talons. Son monocle est tombé par terre, il s’est fendu, la chaînette qui le retenait pendouille lamentablement sur le visage du révolutionnaire, elle est accrochée je ne sais où. Le gars sapé comme un dandy du temps de Baudelaire me regarde avec des airs de chiens battus, une belle image pour décrire l’homme qui va pleurer me revient à l’esprit ; il m’a semblé voir trop briller ses yeux.

-«  Ne nous décevons pas, décevez vous, c’est votre droit, mais ne nous décevons pas moi en partant de chez vous, vous en me renvoyant chez moi, vous êtes aussi colérique que moi, aussi haineux, aussi…

- C’est bon !, je lui crie dessus, C’est bon ! Qu’est ce que vous voulez que je fasse bordel ! Dites moi ce que vous voulez, je vous le fais et vous dégagez, ça va ?

- Êtes vous convaincu Monsieur ? me demande le bonhomme qui semble rapetisser, êtes vous imprégné de l’idée révolutionnaire actuelle ?

- Non, bien sûr que non ! ».

Il fouille sa veste sur la gauche, en sort un petit parapluie noir, il cherche le petit bouton qui va lui  faire dire un gros « Flop » et ouvrir ses bras au dessus de son crâne. Dehors, il ne pleut que du soleil, un peu de bougies et d’étincelles :

- « En ce cas, Monsieur, je reviendrais plus tard ».

Une fois qu’il eu passé le seuil de la porte, un petit carton blanc reste là où il s’était piqué pour déblatérer.

La porte claque, une gifle sur le mur, une baffe sur ma figure. Le petit carton me dit : « souvenez vous de vos quinze ans ».

Le mecton avec son parapluie sous le soleil avance avec peine, je le vois par la fenêtre, il fond ! Je ne veux pas dire que la perspective le mange, que le fait de s’éloigner le rabote jusqu’à devenir fourmi invisible, virus dans la rue, non je veux dire qu’au fur et à mesure qu’il marche, son corps devient liquide. Son ombre est une flaque. Je lâche un misérable :

- « Et merde ! ».

Je me pose sur la chaise brisée devant mon bureau, je chasse tout les papiers inutiles et tâchés d’encre et de vers, je le revois à quinze ans, un gosse en train d’écrire pour ses idées, en train de vomir de la révolution.

Je commence, une courte introduction.

«  Après tout, on est jeunes, on est cons, on est impatients. D’après quels critères, notre âge ? cela peut paraître évident, mais y a t’il un âge pour être jeune, pour dire « non » aux autres, comportement que l’on mettra sur le compte de l’âge ingrat que la nature nous a donné ? il n’y a pas d’âge pour être rabaissé, pour apprendre à bouffer la vie un peu plus violemment que celle des contes, des histoires, des contes de faits en somme. Ce qu’il faut se dire, c’est qu’il n’y a pas d’âges pour gueuler contre tout ce qui bouge, rien que pour les faire bouger dans l’autre sens. L’âge de raison, c’est l’âge où on se forme, la période durant laquelle le monde grouille d’idées qui deviendront les nôtres dès que nous aurons oublier à qui nous les avons empruntées, mais est-ce là, une vraie liberté dont nous jouissons ? les idées, qui sont les piliers de ce monde, ont-elles toutes été usées que nous sommes condamnés à marcher dans les routes déjà tracées, à refaire les mêmes erreurs ? Il n’y a pas de routes devant nous, juste derrière, nous ne sommes pas les hommes du passé, nous sommes ceux du présent, ce qui est une tâche bien assez dure. Le pire (car dans toutes les situations ombrageuses qui sont déjà pires que pires, il y a un « pire » absolu qui domine cette mer de soucis qui fait le cours de notre vie), c’est que nous nous séparons, notre société, c’est à dire notre cohésion entre individus humains et pensants, s’effrite comme la roche se transforme en poussière suite aux caresses du vent et de la pluie. Nous sommes tous devenus chacun notre tour, des avatars d’idées opposées, nous en sommes venus à refuser un ennemi commun, à nous trouver des rivaux individuels. Il n’y a pas grand mal à avoir des idées différentes, même mieux du débat naît souvent l’union, mais pas là. On pourrait lutter pour tous avoir les mêmes idées, des hommes ont déjà essayé, ça a donné les croisades, et d’ailleurs ça les donne encore. Non, ce qu’il faut faire, c’est être soi même tout le temps, sans jamais s’arrêter, sauf quand on se sera retrouver.

Tu veux exprimer ta haine, frapper tous ceux que tu trouve trop différents ? Tu veux être raciste ? Sois raciste.

Tu veux abolir le règne du dollar, de l’euro, de l’argent ? Détruis l’argent, brûle les billets par poignées, brûle les en pensant au bien que tu vas faire à l’humanité, brûle ce symbole de soumission, cette laisse qui serre nos cous de plus en plus fort chaque jour. Accompli de besoin, ne vis pas ton rêve, construis-le.

D’ailleurs non, si tu tiens à ce que ta haine prenne de l’ampleur, si tu veux faire bouger le monde, ne construis pas ton rêve, adapte-le à celui des autres. ».

L’introduction est finie. Je repose le stylo, pour une fois je n’ai pas trop honte de moi.

Par Smoke - Publié dans : smoky-taler
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Dimanche 21 mai 2006

L'examinatrice a commencé, elle énonça d'abord le sujet d'invention, j'étais content :

-"Rédigez sur le mode héroïque un apologue dont la dernière phrase serait « Je suis encore un homme. »"

Puis, la phrase rituelle :"Vous avez quatre heures"

Quatre heures plus tard...

Le gros directeur craqua une allumette qui s’embrasa assez rapidement dans un bruit de souffle léger. Sans me regarder il extirpa un cigare d’une des nombreuses poches de la veste qui couvrait son imposante bedaine et alluma son havane, tirant une bouffée qui lui masqua le visage quelques secondes. Enfin, il parut se souvenir de ma présence :

-«  Ah ! S’exclama t’il, monsieur le visiteur, veuillez m’excuser, un léger moment de distraction.

- Ce n’est rien je vous assure, le rassurais-je en tendant une main qu’il serra. Cela nous arrive à tous, moi le premier.

- Oh ! Ne soyez pas trop prétentieux, dit-il d’un ton amusé, je suis sûr de pouvoir vous battre à ce petit jeu là. »

Il pouffa et je lui laissais l’honneur d’avoir le dernier mot. D’un geste de la main, il m’invita à sortir de la pauvre salle d’attente que je n’avais pas quittée depuis mon arrivée, soit trois heures plus tôt. Soulagé, je le suivais dans un couloir aux murs blancs et au sol rouge, laissant derrière moi marbreries, toiles de maîtres et autres fioritures dont la pièce d’accueil regorgeait. Le corridor dans lequel il me menait était simple, droit et étonnamment modeste. Le plancher semblait fait d’une matière spongieuse où je m’enfonçais avec un plaisir enfantin. Le directeur s’enlisait aussi tout en avançant, il n’avait pas l’air de trouver cela amusant si j’en juges par les petits cris porcins qu’il hurlait. Grotesque. Enfin, le long boyau distrayant se termina et le gros sortit du sol en s’appuyant sur les murs, il fit tomber deux montres en or et un carnet de chèque épais comme la Bible qu’il ne prit pas la peine de ramasser. Il me tendit une main boudinée pour m’aider à sortir, je la pris simplement pour éviter de le vexer :

-«  Une fois de plus, veuillez bien m’excusez, j’aurais dû vous prévenir que le couloir était un peu bizarre.

- Allons directeur ! Le rassurais-je, c’était très amusant, ne vous en faites pas pour si peu.

- Non, monsieur le visiteur, j’aurais dû prendre mes précautions, il souffla un peu, je suis le directeur, je suis né directeur et je dois veiller à la bonne réputation de mon entreprise voyez-vous ?

- Bien sûr, je vous le répète, il n’y a aucun mal. »

Il ne parut pas convaincu, sortit un téléphone portable de sa poche, le regarda et le rangea quelques secondes plus tard sans l’avoir utiliser :

-«  Il est donc venu le moment de vous faire mon petit speech sur ce lieu il me semble ! Me lança le directeur d’un ton réjoui.

- Faites, faites j’écoute. »

D’avance, je me lassais :

-«  Ce lieu a été répertorié avec il y a de cela trente années dans la prestigieuse liste des lotissements protégés de luxe, à vrai dire c’est lui qui a créé cette liste, avec mon aide bien sûr. D’ailleurs, notre sécurité est la plus développée qu’il soit. Prenez pour exemple ceci. »

 Il se tourna et laissa un peu passer la lumière vers moi, me montrant ainsi une place pavée avec une fontaine au centre, des arbres tout autour, pour masquer les murs épais et fortifiés qui abritaient eux-mêmes des tours de soldats. Un de ces mercenaires passait justement devant mon guide (était-ce une coïncidence ? Tout avait l’air calculé), le chef obèse l’interpella :

-«  Eh ! Soldat! Venez voir là ! »

L’agent de sécurité sembla réveillé par cet appel, et avança de la manière la plus disciplinée possible :

-«  Oui m’sieur ? Demanda t’il.

- Soldat, notre sécurité n’est-elle pas la meilleure du monde ?

- M’sieur oui ! Assurément !

- Soldat, dites-moi combien d’attaques avons-nous repoussé cette année?

- Oui m’sieur ! Tout de suite ! Hurla le soldat dans un fanatisme pathétique. Nous avons repoussé trois attaques cette année !

- Très bien soldat, vous pouvez retourner au fusil.

- M’sieur, oui avec joie ! »

 

 

Et il s’en alla en trottinant, tout fier de porter sa masse de muscle. Le directeur se retourna vers moi, tout heureux, un sourire fendait les bourrelets de son faciès :

-«  Comme vous pouvez le voir nous avons ici des employés convaincus, motivés et purement synthétiques. Ils seront à votre service toutes les heures, ils pourront tout faire, sinon ils seront renvoyés. Ce ne sont que des soldats. »

Je n’osais pas lui dire que  si son paradis a subit trois attaques, c’est peut-être qu’il n’était pas si sûr que ça. Il reprit son discours :

-« De plus ce terrain est un vrai paradis fiscal, acheté par les premiers locataires, des propriétaires donc, il est en dehors du service des impôts du sol américain, qui est pourtant frontalier. Vous n’avez pas d’impôts à payer, juste un loyer qui se calcule en additionnant la surface que vous occupez à votre salaire auquel on ajoute toutes vos charges domestiques et - mais ce ne sera pas le cas j’en suis persuadé – les éventuelles amendes que notre service de sécurité ou de juridiction vous auront données…

J’étais tellement concentré sur le discours du directeur que l’arrivée d’un petit homme en noir et blanc à une vingtaine de mètres dans le dos du dodu dirigeant m’interpella et envoya le blabla administrativo-commercial aux oubliettes. Je coupais le PDG du paradis de grillages et de murs, afin que sa salive ne soit pas gaspillée :

-«  Qui est-ce là-bas ?

- Oh ! Là ?

- Oui, l’homme en noir et blanc ?

- C’est le prêtre, un homme très bien, un peu maigre mais très bien. Je vous le présente ? »

Il avait pris un nouvel enthousiasme, son souffle s’accéléra. Je n’en demandais pas autant, mais après tout si cela m’évitait le couplet du bedonnant. Je tranchais :

-« Volontiers. »

Il m’emmena au milieu de la place, et appela l’homme d’église :

-« Ola ! Monsieur le Prêtre ! »

 Puis il me dit qu’ici tout le monde le nommait ainsi, c’était son travail après tout. Le prêtre leva la tête vers nous, surtout sur moi qu’il ne connaissait pas :

- « Ah ! Monsieur le directeur, je vous cherchais, quel heureux hasard de vous retrouvez là !

- Ah ? Dit le directeur un peu surpris. Bon, ce n'est pas trop important j’espère, je suis juste là pour vous présenter un nouvel adhérent à notre communauté…

- Monsieur le visiteur je présume ? Le coupa le prêtre en me tendant la main. Comme tous ceux qui passèrent par la visite rituelle de notre paradis.

- Vous présumez bien, lui répondis-je en serrant sa main.

- Et que faites-vous dans la vie ? Je veux dire, en dehors de visiter ?

- Et bien, pour être franc…

- Allons messieurs, je vois que l’heure tourne, passe et ne m’attend pas ! Hurla le directeur en montrant une montre gousset argentée. Je m’en vais vous laisser discuter puisque visiblement vous avez entamé une discussion ! Non, ne vous dérangez pas, je disparais ! »

Il s’exécuta, se faufilant dans un couloir très étroit. Il se coinça un peu, mais parvint néanmoins à passer. Le prêtre reprit la parole :

-« Allons nous abriter, il va bientôt tonner…

- La sécurité ne nous protège pas de l’orage ?

- Ah, ils pourraient…pas bête du tout comme idée monsieur le visiteur ! »

Un éclair déchira le ciel, la pluie tomba en mitraille sur le sol. Les gardes de sécurité couraient le long de leur muraille, tentant de se protéger de l’eau, qui se muait en grêle. Le prêtre parut choqué, personnellement je m’étais pris un grêlon sur le crâne et je l’étais aussi mais, physiquement. Il me poussa doucement dans le dos et m’attira vers l’église, ouvrit la porte et la referma brutalement. Il déboutonna sa soutane et claqua des doigts. Le claquement de doigts résonna dans la bâtisse gothique. Un petit garçon de treize ans environ arriva en courant :

-«  Señor prêtre ? Commença t’il avec un accent espagnol. Que pouis-je faire ?

- Tiens serviteur, prend ma soutane et va la sécher, prend aussi la veste de mon ami ci-présent. »

Il me montra du doigt, un ongle crochu sur un peu d’os et de vieille peau. Le Mexicain me prit ma veste, trempée à souhaits. Il partit à petits pas discrets. Une voix monta du confessionnal, timide et basse qui murmurait :

-« Monsieur le prêtre ? Monsieur le prêtre, vous ne m’avez pas oublié ? »

Le prêtre me jeta un regard désolé :

-« Je suis navré, dit-il, le devoir m’appelle, je vais le rejoindre. Et celui d’en haut sait que je m’en passerais bien ».

Et je me retrouvais seul dans l’église.

 

Trois heures durant, le prêtre fit passer des Mmes épicières et autres M. coursier, sans majuscules, juste des noms de métiers, une liste qui ne devait jamais s’arrêter. Enfin, il sortit et parut épuisé par ses consultations, mais néanmoins satisfait. Il me regarda, claqua des doigts et cria :

-«  Voyez que mon nom est dur à porter en fait, il entraîne un métier très éprouvant. Parler, écouter, consoler, le tout en hypocrite qui plus est !

- Ne me dites pas que vous ne pensez pas ce que vous dites ? Rétorquais-je, un peu surpris.

- Et comment voulez-vous que je fasse sinon ? Ils viennent parler à moi, le prêtre, ils attendent que je parle comme un dieu le ferait, alors je le fais !

- Eh ! Mais, ça ne va pas, vous êtes le prêtre pas la voix d’un dieu !

- Pour eux c’est la même chose, et pour moi aussi d’ailleurs. Pourquoi croyez-vous que je porte ce nom si ce n’était pas pour que tout le monde le comprenne ? »

Un petit homme blond arriva au milieu de cette discussion ( ô combien intéressante ! ), me salua d’un hochement de tête et chuchota quelques mots à l’oreille du prêtre. Celui-ci le regarda en souriant tout en lui posant une main sur le crâne :

-«  Allons messager, ne sois pas si timide, dit le prêtre, va donc dire toi-même à Monsieur le visiteur ce qui t’amène. »

Malgré le sourire du vieil homme d’église, il ne bougea pas :

-«  Allez, l’encouragea le dévot, avoue que c’est quand même un comble pour un messager que l’on appelle comme cela depuis longtemps d’avoir peur des inconnus ? »

Le petit blond eut enfin une réaction, il leva les yeux sur moi, remua les lèvres et tenta de les ouvrir. Je regardais sa bouche s’ouvrir avec une passion patiente, mais alors que celle-ci avait à peu près atteint la taille d’une pomme il la referma brutalement et jeta quelques mots dans les oreilles du prêtre, tellement vite que je crus qu’il se jetait sur son visage :

-«  Bon, reprit le prêtre, espérons que tu seras plus avenant et moins réservé lorsque Monsieur le visiteur aura pris un nom convenant à son travail. »

Il leva la tête vers moi :

-«  N’est ce pas ? 

- Oh !…Bien sûr oui ! enfin, si tout se passe bien…

- Mais tout se passera bien Monsieur le visiteur, le prêtre avait un ton joyeux qui me déplaisait, d’ailleurs tout se passe très bien dans notre petit paradis ! »

Ca je n’en doutais pas. Le petit blond, qui était presque nain, profita du silence stagnant pour montrer qu’à défaut de ne pas être hardi, il savait courir. Le religieux se leva, me regarda et appela serviteur, son serviteur :

-«  Ma soutane vite !

- Si Señor elle arrive avec moi ! Lança une petite voix  du fond de l’église.

- Monsieur le visiteur, comme notre petit camarade nous a faussé compagnie, je vais me faire un devoir de vous rapporter ce qu’il m’a dit. Que du bien rassurez-vous ! Rajouta t’il face à mon air perplexe.

- Est-ce que cela concerne mon adhésion à votre communauté privilégiée ? Risquais-je.

- Tout à fait, mais suivez-moi, nous parlerons en route. »

Et nous sortîmes.

 

Plus tard, dans le bureau du PDG, le prêtre m’y avait laissé ( j’avais vu sur une pancarte que des enfants avaient remarqué en cette abréviation les mots « Porcin », « Disproportionné » et « Gargantuesque ». Ma foi j’avoue que cela convenait plutôt bien au personnage directeur grincheux, bien qu’il ne fut désagréable que par certains moment, comme celui-ci) :

- Monsieur le directeur…commençais-je.

- Oui ? Vous ? Ah ! Excusez-moi, je suis un peu énervé…

- Ne soyez pas modeste, ni trop gêné, je viens juste pour remplir les conditions d’entrée dans cette communauté…

- Ah bien sûr, voyons où ai-je mis le contrat ? »

Il s’engouffra sous son bureau dans un complexe de tiroirs plus ou moins bien graissés, un dossier rouge trônait sur le sous-main, je le prenais au cas où il contiendrait le fichier recherché. Ce n’était pas le cas, mais c’était bien plus intéressant. C’était un rapport concernant l’affaire des gamins qui avaient trouvé des mots assez insultants au titre du directeur. Leur sanction avait été établie en fonction de leurs noms, ils s’appelaient tous trois « inutiles ». Le directeur portant le nom le plus important, il ne devait pas tolérer les insultes, même les plus innocentes. Les trois garçons n’avaient hélas pas cette chance et avaient été tout simplement exécutés. Suivait une explication sur l’importance des métiers, et donc des noms. Chacun portait le nom de sa fonction, ce qui est toutefois assez logique vu que nous ne sommes que des engrenages dans la machine de la société, nous avons une tâche, pas une vie. Les droits et les devoirs de chacun sont attribués en fonction du métier, ainsi les enfants inutiles n’avaient rien, le directeur avait tout et le prêtre devait consoler et rassurer par des paroles bien hypocrites. Je réfléchis un peu quant à mon emploi d’équarrisseur  (qui avait fait de moi un homme fortuné), puis j’en arrivais à la conclusion que cela pouvait me donner des droits barbares, des devoirs sanguinaires…Je reposais le dossier rouge sur le bureau, dans la position la plus fidèle à celle qu’il avait avant que je ne le prenne. Le directeur se releva, tout rouge et décoiffé :

-«  Voilà le contrat cher visiteur, souffla-t-il, si vous voulez bien vous donnez la peine de le lire. »

Il me tendit une feuille verte, où quelques lignes étaient écrites. Cela n’avait rien d’extraordinaire et ressemblait beaucoup à un bon de commande. Je fit semblant de lire, me demandant comment j’allais partir, je n’avais nullement envie de rester et de devenir un simple métier :

-«  Avez-vous un stylo ? Demanda le gros dirigeant.

- Oh, c’est à dire que…

- Vous ne savez pas écrire ? Vous savez nous refusons les analphabètes, et nous n’acceptons les enfants que s’ils sont conçus sur le territoire de notre communauté ?

- Bien sûr que je le sais, mais le problème est tout autre…

- Vous êtes chômeur ? Partez ! Vous êtes fauché ? Suivez le chômeur ! S’excita le directeur.

- Mais laissez- moi finir à la fin ! C’est juste que je ne suis plus intéressé par votre offre, ni par rien d’autre venant d’ici. »

Il parut estomaqué, je me levais, il ne bougea pas. Je mis la main sur la poignée.

De retour chez moi, heureux. D’accord j’avais raté l’occasion d’entrer au paradis sur terre mais j’avais quand même réussi à m’enfuir de l’Enfer qu’il cachait, je ne suis pas un nom, pas un métier et surtout pas un tueur à la fin ! Je suis, et je resterai un être normal. Je suis encore un homme. 

 

 

Par Smoke - Publié dans : smoky-taler
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Lundi 6 mars 2006
Je n'ai jamais parlé d'Animocity, ce qui est dommage, car tous les textes ci-présents en sont d'honnêtes citoyens...

D'un côté, le livre traitant de la ville n'est pas fini d'écrire ( il est modestement nommé "La Fausse Bible").

Mais, si j'essayais de faire ça. Toutes les semaines, un dialogue de deux personnages de la ville, pour tenter de vous éclairer sur mon monde.

Essayons...

- Auriez vous l'heure ?
- Laquelle je vous prie ?
- Comment ça laquelle ?
- L'heure de passer à table, l'heure de mourir, l'heure de l'amour ?
- Non, l'heure, monsieur ! La vraie heure !
- Attention, votre chapeau vert...Vous voulez la vraie heure ?
- Oui je la veux !...Mon chapeau est bleu...
- Ah autant pour moi, c'est votre veste qui est verte donc ?---Il n'y a pas de vraie heure désolé...
- Et bien donnez m'en une....ma veste est verte oui....
- Très bien, alez à droite, l'horloge vous dira tout...
- Il y a une horloge ???
- Mais oui bien sûr que croyez-vous ? Ce n'est pas parceque cette ville est dans le désert que nous n'avons pas d'horloge !
- Bon merci....aurevoir...désolé pour le dérangement...
- Ahaha ! Ne vous excusez pas ! Ohh attendez !
- Quoi donc ?
- Là ! Ce petit bonhomme au costume de rouage, c'est le temps, le Temps qui passe !
Par Smoke - Publié dans : smoky-taler
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